L’image de lacs isolés et préservés est pourtant trompeuse. Des gestionnaires d’espaces naturels ont récemment signalé la présence croissante d’algues sur les rives de plusieurs lacs de montagne. Une évolution qui a poussé les chercheurs du laboratoire Carrtel à s’intéresser à l’origine des nutriments présents dans ces milieux.
L’étude a porté sur une trentaine de lacs situés dans les Alpes, les Pyrénées et en Corse. Grâce à des analyses isotopiques, les scientifiques ont pu retracer l’origine de l’azote et identifier une source de pollution inattendue : l’agriculture intensive. Plus de la moitié de l’azote retrouvé dans les lacs arrive sous forme d’ammonium, principalement issu de l’épandage d’engrais.
Transporté par l’atmosphère, cet ammonium peut parcourir plusieurs centaines de kilomètres. Dans les Alpes du Nord, les vents peuvent notamment apporter des masses d’air provenant de la vallée du Pô, en Italie, une importante région agricole. Des concentrations élevées d’ammonium avaient d’ailleurs déjà été observées dans l’atmosphère au printemps, période des épandages.
Ces résultats montrent ainsi que les lacs de montagne peuvent être touchés par des activités très éloignées. Une pollution invisible qui s’ajoute aux effets du réchauffement climatique et qui pourrait favoriser le développement des algues et de la végétation dans des écosystèmes particulièrement sensibles.








